Voir et lire n°212

© G. Cissé / Ar Feunteun
© G. Cissé / Ar Feunteun

Gérard Cissé, Rues de Brest de 1670 à 2000, Brest, Éditions Ar Feunteun, 2012, 586 p., illustré ; préface de Jean-François Coatmeur.

 

Gérard Cissé avait publié en 1998 Dans les rues de Brest de 1670 à 1985. Il vient de publier Rues de Brest de 1670 à 2000. Le changement ne concerne pas que le titre et les rues apparues depuis. En effet, G. Cissé a considérablement enrichi les notices et de nombreux plans, dessins (177) et encadrés viennent compléter le texte. Le livre s’organise de façon très simple en suivant l’ordre chronologique d’apparition des rues. On démarre avec le quartier des Sept-Saints en 1650 et on s’achemine tout doucement vers l’an 2000. Pour chaque rue, on trouve le nom, la date de la première mention, puis l’historique du nom. En réalité, le livre va bien au-delà du titre annoncé car on trouve au fil des pages des notices concernant des épisodes de la vie brestoise, certaines très ramassées comme celle sur le nom de la « Pointe des blagueurs » à Recouvrance, d’autres plus trapues comme le récit d’une tentative d’enlèvement du maire de Brest en 1680. Il en va de même pour les notices explicatives. C’est très net avec la rue de « Quatre pompes ». Gérard Cissé explique en détail le problème et les dangers de l’approvisionnement des marins en eau sous l’Ancien Régime et les moyens employés pour y remédier, en captant des sources du quartier de Quilbignon. L’étude des rues est aussi pour l’auteur l’occasion de rappeler quelques faits divers, des épisodes de l’histoire de Brest, la vie quotidienne, etc., et de donner une série de biographies (le thème s’y prête) et comme de nombreux Brestois ont eu les honneurs d’un nom de rue, on apprend toutes sortes de choses sur le baron Lacrosse, le chanoine Guermeur, Jules Lullien, Paul Masson… Les noms de lieux font aussi l’objet d’explications fort savantes. On quitte parfois l’histoire pour la légende comme quand Gérard Cissé nous fait le récit d’Anne de Bretagne et la verveine… Il rappelle aussi que certains noms ont posé problème comme quand les habitants du quartier de Saint-Martin adresse à la mairie une pétition pour se plaindre de Robespierre, un homme « sanguinaire », pétition qui surprend le conseiller municipal Messager (1945) qui rappelle à quel point Maximilien était un humaniste… Les annexes se composent de la liste des maires de Brest, de l’index des noms de rues, d’une table des articles, d’une table des illustrations et d’une autre des correspondances entre anciens et nouveaux noms qui permettent de s’y retrouver dans ce livre touffu ! Ce livre ne souffre que d’une critique, une faute d’orthographe en avant-propos, où Recouvrance d’un port de pêcheurs est devenu un « petit port de pécheurs ». Cette coquille n’attire qu’une remarque : hors de l’Église, point de chalut. Nous conseillons donc vivement ce livre à tous les amoureux de Brest, le vieux comme le nouveau, et plus généralement à tous les amateurs d’histoire. Si l’on ne peut pas dire qu’il se lit comme un roman, c’est toujours un plaisir de feuilleter cette mine de renseignements et d’anecdotes.

Yves Coativy

Yves Bramoullé, Péris en mer, chronique des naufrages au pays des Abers, Brest, à compte d’auteur, 2011, 236 p., 108 illustrations.

 

Yves Bramoullé nous avait déjà décrit, en 2000, dans Goémoniers des îles, paru aux éditions du Télégramme, la vie rude et périlleuse des moissonneurs de goémon, en mer d’Iroise, particulièrement dans l’archipel de Molène. Natif de Plouguerneau, fils de goémonier, il se trouve aux sources de cette activité, et de ce fait particulièrement proche des drames de la mer, lourd tribut payé par les goémoniers, les pêcheurs, les sauveteurs, les douaniers et tous ceux qui par vocation ou obligation professionnelle, fréquentent ces parages dangereux qui caractérisent la côte nord du Finistère.

Découpant le secteur en 5 zones côtières de Landéda à Plouguerneau, il recense et décrit avec beaucoup de précisions, les bateaux, les victimes, les circonstances du drame, environ près de 150 naufrages qui ont endeuillé la région, au cours d’une période s’étendant de 1861 à nos jours. Les victimes en sont principalement de jeunes hommes, très souvent chargés de famille, avec une très forte proportion de goémoniers et de pêcheurs, confrontés à des météos redoutables dans des parages semés d’embûches sous forme de récifs difficiles à éviter dans des conditions de navigation perturbées, même pour ces hommes, marins habiles, familiers de la zone.

Son livre qui présente minutieusement ces drames, est enrichi de nombreuses photos de famille, inédites. Il constitue une documentation ethnographique saisissante en nous faisant vivre au quotidien la vie rude de ces «laboureurs de la mer». Il nous interpelle aussi sur les conditions de sécurité en mer qui incontestablement ont connu de grands progrès au cours des dernières décennies, sans pour autant supprimer les dangers que de telles activités génèrent. Il nous conduit également à nous interroger sur une caractéristique curieuse relative aux bateaux. Dans ce coin de terre où, à l’époque, la langue usuelle, familiale ou professionnelle, était la langue bretonne, rares sont les bateaux portant un nom breton. Paradoxe, alors que dans la toponymie locale, y compris la désignation d’une bonne partie des fonds rocheux qui garnissent cette côte, l’appellation française est minoritaire. Faut-il y voir la condition d’inscrit maritime des propriétaires de barque, appelés à des contacts fréquents avec leur administration de tutelle et que celle-ci, en la personne des administrateurs des affaires maritimes, manifestait une certaine opposition à l’utilisation du breton pour le baptême des bateaux ?

Albert Laot

© G. Lécuillier / PUR
© G. Lécuillier / PUR

Guillaume Lécuillier, avec la participation de Jean-Yves Besselièvre, Alain Boulaire, Didier Cadiou, Christian Corvisier, Patrick Jadé, Les fortifications de la rade de Brest, défense d’une ville arsenal, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011, 382 p. 386 illustrations.

 

Le caractère rébarbatif ou austère que le titre de l’ouvrage pourrait faire naître est immédiatement balayé, dès que l’on feuillette ce livre magnifiquement illustré tant par la reproduction de documents anciens que de photographies, originales et récentes, particulièrement choisies avec goût. Parfaite illustration de la concordance de la forme et du fond, la lecture des différents chapitres, interprétés à plusieurs voix, apporte le même plaisir que celui des yeux. Brillante rétrospective de l’évolution des techniques de défense, nous traversons les siècles qui ont modelé le paysage du grand port militaire, sa rade comme ses environs, afin de contrecarrer la double attaque de l’ennemi dans son action éventuelle de débarquement ou de bombardement.

De Vauban à l’organisation Todt de la dernière guerre, notre côte, ses approches, ses îles ont été modifiées, façonnées, transformées, afin d’assurer cette protection de la base militaire que l’on peut considérer avoir été assurée, car de la bataille de Camaret en 1694, à la préservation de la base sous-marine de Laninon, au cours de la dernière guerre, le port de Brest a résisté à tous les assauts, alors que l’aviation réduisait le centre-ville à néant. Le combat aérien représentant une nouvelle évolution de l’art de la guerre et de la technique militaire qui au fil des siècles ont rendu, petit à petit, obsolète la majeure partie des constructions de défense décrites. Aujourd’hui ce mouvement conduit jusqu’à l’absence quasi complète de protection des bassins qui accueillent les S.N.L.E. à l’Ile Longue, simplement défendus par la vigueur du concept de dissuasion. Une attaque de cette base ruinant, à l’évidence, la théorie basée sur la crainte de la riposte

Ce livre apporte incontestablement, par la qualité de ses analyses, comme par son point de départ original une ouverture nouvelle sur la connaissance de l’histoire de Brest. Un seul conseil : lisez-le.

Albert Laot

Mémoire de la Société Polymatique du Morbihan, t.CXXXVII, 2011, 438 p., illustré.

 

La Société polymathique du Morbihan nous livre un nouveau volume de qualité. Les articles peuvent être sommairement regroupés en trois grands ensembles. La première partie est consacrée à l’archéologie. Reena Perschke, Joël Lecornec, Christophe Le Pennec et Jean-Yves Cavaud ont écrit sur des sujets aussi divers que les mégalithes, les ossaria et les fouilles archéologiques de l’église Saint-Patern de Vannes, la lanterne des morts de Guégon. On peut y ajouter les biographies et études qui portent sur l’abbé Piéderrière (1819-1886) par André Moisan et sur le père Henry Marsille et sa famille par un groupe d’érudits qui signent cinq articles commémorant le centenaire de la naissance de celui qui a marqué de son influence 50 ans de vie de la Polymathique. L’histoire n’est pas oubliée avec des gros articles sur le commerce du vin au XVIIe siècle (Hiroyazu Kimizuka), les caboteurs d’Étel (Michel Perrin) et le Parti National Breton dans le Morbihan (Bertrand Frélaut) ainsi que plusieurs approches de la seconde Guerre Mondiale dans le Morbihan. Enfin, il faut mentionner deux études d’histoire de l’art sur les anges musiciens de Kernascléden (Jean-Paul Moreau) et sur les femmes peintres et la Bretagne (Marie-Paule Piriou).

Yves Coativy

La Société d'Études de Brest et du Léon, éditrice des Cahiers de l'Iroise, a été fondée en 1954.

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