Voir et lire n°213

© Société Polymathique du Morbihan
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Mémoires de la Société Polymathique du Morbihan, t.CXXXVIII, 2012, 554p., illustré.

 

La Société Polymathique du Morbihan vient de publier son volume de l’année 2012. Les 18 articles s’organisent en trois grandes rubriques. La première concerne l’archéologie. Jean-Marie Couderc propose une synthèse sur la géographie et l’archéologie des cupules. Ces petits trous creusés dans la roche peuvent avoir toutes sortes d’origines, naturelles ou anthropiques, et l’auteur en dresse la liste, insistant bien sûr sur les aspects qui peuvent intéresser les archéologues. Joël Le Cornec traite des gravures de pieds sur l’important cairn de Petit-Mont et Christophe Le Pennec fait le point sur le castrum romain de Vannes. Le site de la ville antique, étudié au moins depuis le XIXe siècle, a livré récemment des informations nouvelles lors de fouilles de sauvetage, ce qui permet à C. Le Pennec d’affirmer que le site ne sombre pas dès la fin du IIIe siècle mais connaît un certain renouveau au IVe siècle avant de s’effacer au début du Ve siècle. La deuxième partie du volume est plus axée vers l’histoire. On notera que les auteurs ont fait un effort pour publier et analyser des documents inédits. Jean-Yves Le Lan retrace par exemple la vie de Philippe Vannier, mandarin en Cochinchine à l’époque de Gia Long (début XIXe siècle), André Moisan traite d’un registre de baptêmes, mariages et sépultures de Concoret tenu par l’abbé Guillotin pendant la Révolution et Yvonnick Danard nous livre les souvenirs d’un parachutiste vannetais échappé de Diên Biên Phu en 1954. Un article intéressera particulièrement les lecteurs des Cahiers de l’Iroise, Norbert Nanta (1811-1899), Un Parisien en Bretagne, été - automne 1835, de Paris à Belle-Île et à l’Île de Batz en passant par Penmarc’h. Cet ingénieur des mines vient en Bretagne à l’époque de la monarchie de Juillet et laisse un récit de voyage assez court mais très vivant. Les trois pages qu’il consacre à la vie quotidienne sur l’Île de Batz sont très intéressantes, tout comme celles qui portent sur Penmarc’h.

Les autres articles portent essentiellement sur des points d’histoire morbihannaise. Laurent Réto aborde l’histoire du couvent Saint-Vincent-Ferrier de Vannes aux XVIIe et XVIIIe siècles, Annick Jousse les remèdes charitables de madame Fouquet et une biographie de Pierre Thomas-Lacroix (1901-1981). Yvonnick Danard signe lui aussi un second article, une biographie de Catherine Verle, épouse Talleyrand (1762-1835). Bertrand Frélaut nous fait découvrir un roman du XIXe siècle qui décrits les amours impossibles d’Armelle Louanais et de l’abbé Nicolas Helléan, d’après un roman de Charles Géniaux, et Michel Perrin les projets portuaires utopiques du golfe du Morbihan. Quant à Jean-Paul Moreau, il consacre une longue étude à Hélène Jégado. Profitant de l’immunité relative que lui donne les épidémies de choléra et de typhoïde, cette meurtrière en série expédie ad patres entre juin et octobre 1833 tout le presbytère de Guern, à savoir dans le désordre le recteur et toute sa famille : son père, sa mère, sa nièce, ainsi que deux karabassen (servantes) et sa propre sœur avant de poursuivre se carrière meurtrière jusqu’en 1851, alignant une cinquantaine de victimes… La troisième partie de l’ouvrage porte sur le patrimoine. Julien Daniélo détaille un hôtel de la Renaissance, l’archidiaconé de Vannes, Erwan le Franc étudie le rôle de Robert de Cotte dans la reconstruction de l’abbaye cistercienne de Prières à Billiers (début XVIIIe siècle), Fanch Postic rappelle l’existence de François Cadic (1864-1929) et de ses rapports avec les prêtres collecteurs vannetais et Louis Le Mouël se penche sur la toponymie en pays de Vannes et la prudence qui s’impose dans la restauration des orthographie bretonne actuellement. Au total, la Polymathique nous livre un nouveau volume très documenté qui passionnera tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de la Bretagne.

Yves Coativy

Annales de la Société d’Histoire et d’Archéologie de l’arrondissement de Saint-Malo, 2011, 388 p., illustré.

 

Le beau volume des Annales de la Société d’Histoire et d’Archéologie de l’arrondissement de Saint-Malo s’organise en trois parties.

La première précise toutes les acquisitions de la bibliothèque, objet de tous les soins de la société. Elle reprend aussi le texte des conférences qui ont été prononcées devant la société durant l’année 2011, avec souvent des articles assez longs. On relève des interventions sur l’outre-mer (Malouins et Cancalais à la conquête du Brésil ; la Marine, les Malouins et la guerre d’Indépendance américaine ; les pionniers de Terre Adélie), l’histoire locale et la biographie (Duguay-Trouin, Surcouf et la guerre de course ; Vincent de Gournay ; le château de Landal ; Malo Collas de La Baronnais ; Aristide Leforestier ; Saint-Malo de 1990 à 2010) et d’autres plus généraux (Andreas von Aulock et son itinéraire dans l’Europe du XXe siècle ; stratégie de la guerre vendéenne).

La deuxième partie de cette livraison est le fruit du colloque Duguay-Trouin avec trois articles sur le statut juridique de la guerre de course française (Alain Berbouche), les capitaines corsaires à Saint-Malo sous Louis XIV (André Lespagnol) et les campagnes de Duguay-Trouin (Jean-Yves Nerzic). S’y ajoute le prix de la recherche décerné à Jean-Claude Sinaud pour son travail de master sur le rôle de la maréchaussée de Bretagne au XVIIIe siècle dans le secteur de Saint-Servan.

La dernière partie donne les comptes rendus de voyages de la société.

Au total, ces annales forment un beau volume presqu’entièrement consacré à Saint-Malo, ce qui ne surprendra pas les lecteurs.

Y.C.

© Société Archéologique et Historique d’Ille-et-Vilaine
© Société Archéologique et Historique d’Ille-et-Vilaine

Bulletin et mémoires de la Société Archéologique et Historique d’Ille-et-Vilaine, t. CXVI, 2012, 334 p., illustré.

 

Les Mémoires de la Société Archéologique et Historique d’Ille-et-Vilaine se composent de onze articles qui concernent essentiellement le département qui donne son nom à la revue. Pas uniquement car certaines études traitent des départements voisins ou de la Bretagne tout entière.

Pour ce qui est de l’Ille-et-Vilaine, Louis Chauris, bien connu des lecteurs des Cahiers, signe un article sur la lithologie de l’abbatiale de Saint-Méen-le-Grand. Hervé Le Goff se penche sur les batailles de Corps-Nuds (1590) et Châteaubourg (1591) et montre comment, à travers des libelles, des événements historiques sont interprétés «à chaud» à des fins de propagande politique à l’époque des guerres de la Ligue. Sébastien Didier publie une étude et une liste des délégués et subdélégués du nord du diocèse de Rennes au XVIIIe siècle. Yann Lagadec retrace la vie d’un médecin de Gahard, Bertin, inspecteur général du service de santé des prisonniers détenus en Angleterre lors des guerres napoléoniennes. La Grande Guerre fait l’objet de deux articles, l’un d’Erwan Le Gall sur le rôle des soldats du pays de Rennes lors de l’assaut sur le fort de Pompelle (septembre 1914) et la façon dont ils plongent brutalement dans les horreurs de la guerre, l’autre de Yann Lagadec sur Armand Fontaine, un instituteur breton engagé dans la première bataille d’Ypres (octobre-novembre 1914).

Mais les Mémoires de la Société Archéologique et Historique d’Ille-et-Vilaine quittent aussi leur département éponyme pour les Côtes-d’Armor. Vanessa Delhomme reprend et analyse la vie de saint Efflam, évangélisateur avec saint Gestin de la paroisse de Plestin-les-Grèves. C’est aussi pour elle l’occasion d’étudier les rapports homme/femme à travers le lien qui unit le prince irlandais et son épouse, sainte Enora. Stéphanie Bardel et Sabrina Dalibard étudient les épis de faîtage et autres décorations de toiture en haute Bretagne.

Enfin, trois articles traitent de la Bretagne dans son ensemble. Philippe Jarnoux reprend les liens qui unissent la Bretagne et l’Espagne (1480-1680), Philippe Hamon ceux entre François 1er et la Bretagne et Jacques Monimart récapitule la situation de la Bretagne à la fin de l’Ancien Régime. C’est donc un nouveau beau volume qui est offert aux membres de la SHAI&V et aux amateurs d’histoire de Bretagne.

Y.C.

© Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne
© Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne

Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne. Actes du congrès de Brest, t. XC, 2012, 730 p., illustré.

 

La Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne fédère les grandes sociétés savantes bretonnes, dont la Société d’Études de Brest. Ses membres se réunissent tous les ans et tournent sur cinq ans dans une ville de chacun des départements de la Bretagne historique. Elle s’est réunie à Brest pour son congrès annuel en septembre 2011. Les thèmes portaient d’une part sur Brest et le Léon, d’autre part sur les routes et les autres voies de communication. Le volume qui en est issu est particulièrement important et Brest et le Léon occupent les 243 premières pages du volume.

Comme toujours, les articles s’enchaînent dans l’ordre chronologique. Louis Chauris aborde le problème de la reconstruction de Brest à travers les vieilles pierres et les pierres neuves. Comme à son habitude, il donne en première partie l’origine des pierres employées dans les bâtiments brestois. La seconde partie fait le point de quelques monuments emblématiques, très simples (entrée de maison rue de Saint-Malo) ou plus élaborés (porte de l’ancienne caserne Guépin, péristyle de la caserne Fautras) et se termine sur quelques recommandations à l’usage des édiles. Il souligne aussi le peu de cas que l’on fait à Brest des vieilles pierres et l’on connaît des recoins de la côte qui ont servi de dépotoirs à de superbes blocs de construction anciens. C’est regrettable dans une ville qui n’a déjà pas beaucoup de monuments anciens et où les derniers vestiges du passé disparaissent dans une indifférence quasi générale (Petit Jardin, vieille maison de Recouvrance…). Le Léon féodal sert de base à plusieurs articles. Frédéric Morvan traite du XIIIe siècle. Paul-François Broucke s’arrête sur l’emblématique de la maison vicomtale aux XIIe et XIIIe siècles. Il s’est servi pour cela des prééminences de Daoulas (illustrées) et de La Roche-Maurice des XVe-XVIe siècles. Les prééminences étaient le droit que les seigneurs possédaient d’inscrire leurs armoiries sur les murs et les vitraux des églises. Cet élément symbolique important a en grande partie disparu au moment de la Révolution à quelques exceptions près (La Roche-Maurice par exemple) mais elles sont connues par des représentations anciennes ou des descriptions. C’est sur ce type de documentation que s’est appuyé l’auteur. Grégory Floc’h aborde les châteaux des XVIIe et XVIIIe siècles en Léon, en particulier Kerouazle, Lesquiffiou, Kergournadec’h, Maillé, etc.

La suite du volume est consacrée à Brest. L’abbé Yves-Pascal Castel propose une étude sur les orfèvres de Brest et sur la diffusion de leur travail à partir de 1670, à travers l’orfèvrerie religieuse conservée dans les paroisses du bas Léon. Sklaerenn Scuiller se penche sur l’approvisionnement de Brest au XVIIIe siècle et montre le rôle fondamental de la Royale, quant à Bruno Baron, il propose une synthèse sur les maires de Brest dans la seconde moitié du même siècle. Quasiment seul, le maire doit administrer sa ville mais aussi assurer le logement des gens de guerre, représenter sa ville aux États de Bretagne, participer aux séances du tribunal de police, etc. La fonction n’est donc pas de tout repos ! L’article suivant de Fanch Broudic présente Brest comme une ville bretonnante, et prend en partie le contre-pied de la thèse d’Yves Le Gallo qui voyait dans la ville du Ponant un isolat francisant dans un Léon bretonnant. Fanch Broudic montre qu’au XIXe comme au XXe siècle, la situation est bien plus complexe, que certains quartiers ont été longtemps bretonnants et que l’ouverture de l’université a rebattu les cartes.

Trois auteurs abordent le XXe siècle. Alain Le Moigne montre comment a soufflé un vent révolutionnaire au mois d’août 1935 à Brest. Il rappelle aussi que dès 1904-1905 et encore en 1918, des mouvements insurrectionnels marquent la ville et que celui de 1935 en est en partie l’héritier. Des syndicalistes révolutionnaires jouent un rôle crucial dans l’affaire mais les ouvriers suivent moins leurs meneurs. Les troubles sont très violents (on compte trois morts dans les rangs des manifestants), la répression l’est tout autant et ce mouvement ouvrier, avec celui de Toulon, a un écho national. L’auteur affirme même que cette grève brestoise, du fait de sa couverture médiatique, parfois heure par heure, a joué un rôle important dans l’avènement du Front populaire l’année suivante. Jean-Christophe Cassard, qui a signé dans les derniers Cahiers un article sur les naufrageurs dans la bande dessinée, évoque le rôle de Brest comme simple décor pour bandes dessinées passagères, "tonnerre de Brest", comme dirait le capitaine Haddock, et "je dirais même plus", comme auraient dit les Dupont(d). Enfin, Marc Wiel nous amène à l’histoire très contemporaine en montrant comment la reconstruction de Brest a été revue et corrigée de 1980 à 2000, souvent fruit "de l’amour et du hasard" pour reprendre une expression de l’auteur.

Le reste du volume porte sur les voies de communications, de l’Antiquité à nos jours, des voies romaines aux voies aériennes en passant par la mer, le rail et l’âne. On notera un article de Paul Naegel consacré aux ponts transbordeur de Nantes et Brest. Les comptes rendus bibliographiques occupent une centaine de pages. On trouve en fin de volume les textes des excursions menées au château de Brest (Jean-Yves Besselièvre), Saint-Louis (Yann Celton), Maillé (Gwyn Meirion-Jones et Michael Jones), La Roche-Maurice (Patrick Kernévez et Guy Leclerc) et La Martyre (Jean-Jacques Rioult). Les lecteurs des Cahiers de l’Iroise trouveront donc dans ce volume bien des sujets d’intérêt.

Yves Coativy

La Société d'Études de Brest et du Léon, éditrice des Cahiers de l'Iroise, a été fondée en 1954.

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